PANH Rithy

directeur de la photographie, réalisateur, scénariste

Biographie

L’obsession du cinéma de Rithy Panh pour l’histoire du terrible génocide de son pays qui, en l »sence du véritable procès de ses responsables, continue à  creuser sa plaie, s’ancre dans sa chair : né en 1964 à  Phnom Penh, au Cambodge, c’est à  onze ans qu’il apprend l’arrivée des Khmers rouges dans sa ville et se retrouve envoyé, comme des millions de ses compatriotes, dans les camps de travaux forcés, appelés aussi  » camps de rééducation « , où il voit sa famille mourir à  cause des privations et des conditions de vie déplorables. Son adolescence se poursuit dans la douleur et la privation jusqu’à  ce qu’en 1979, il parvienne à  s’enfuir, rejoignant le camp des réfugiés de Mairut sur la frontière khméro-tha’eflandaise : le régime des communistes après avoir anéanti 2 millions de personnes sur les 7,7 millions que représentait le Cambodge d’avant avril 1975, est vaincu par le Vietnam.

Panh arrive en France en 1980 et reprend ses études. Au lycée, il découvre, au cours d’un atelier de réalisation, le super-8 et le plaisir de filmer. C’est naturellement en 1985 qu’il intègrera l’IDHEC dont il sort diplômé. Cet amour du cinéma va de pair avec ce qui deviendra le fil rouge de son oeuvre : interroger et comprendre les meurtrissures de son pays qui sont aussi les siennes. Après un premier court-métrage de fiction, Le passé imparfait, Panh revient dans le camp de Mairut et filme tous ceux qui, rescapés des camps, ne sont toujours pas revenus chez eux. Cet acte de courage, premier épisode conçu comme une tentative, pour les images cinématographiques, de faire l’Histoire, constitue le fond de son premier long-métrage documentaire, Site 2, qui obtient en 1989 le Grand Prix de la SCAM du Meilleur Documentaire de Création ainsi que le Grand Prix du festival d’Amiens. Le film est illuminé par la présence d’une femme à  la dignité exemplaire, Yim Om.

Après un portrait du grand cinéaste africain Souleymane Cissé, Panh revient à  son pays, cette fois par le biais de la fiction, avec Les gens de la rizière en 1994, primé au festival de Singapour et d’Hawa’ef. Inspiré du livre de l’écrivain malais Shanon Ahmad, Le riz, dont l’héro’efne porte le même nom, Yim Om, que l’inoubliable héro’efne du camp de réfugiés, le film sélectionné à  Cannes, prouve que son metteur en scène n’a pas envie de rendre étanches les frontières documentaire-fiction. C’est ce que confirmera, en 1998, sa love story mélancolique et amère, Un soir après la guerre.

L’entreprise de Panh est constante : qu’il s’agisse de scruter les visages de la société cambodgienne actuelle ou les horreurs de l’ancienne dictature, sa caméra a pour ambition, en un geste qui mêle l’intime au collectif, de participer au devoir de mémoire de son pays. Ceci étant, il construit patiemment un travail semblable, sur certains points, à  ce qu’a accompli Lanzman avec Shoah, mais s’en éloignant dans la mesure où lui cherche à  confronter la parole des bourreaux à  celle des victimes (S-21) et passe de la fiction au documentaire, sans que l’enjeu ne paraisse pour autant se modifier : comme il le dit,  » notre grande bataille arrive maintenant : comment expulser la peur qui est en nous et avec laquelle nous vivons depuis longtemps ?  » (propos recueillis par Tristan de Bourbon dans L’humanité du 16 décembre 1998).

Le réalisateur, qui croit que le cinéma et la culture peuvent aider à  changer les mentalités ( » On parle beaucoup des droits de l’homme, mais les faire respecter, ce n’est pas seulement punir les coupables. La dimension culturelle des droits de l’homme existe aussi : pouvoir s’exprimer culturellement c’est respecter de fait les individus. Ensuite, cela permettra de montrer que la démocratie a sa place en Asie, contrairement à  ce que prétendent la Chine, la Malaisie ou le Cambodge. Le taux de 90% de votants lors des dernières élections et l’indécision des résultats prouvent d’ailleurs que la population recherche la démocratie. Mais maintenant, il faut faire respecter cette donne par les politiques.  » (idem)), voit dans sa reconnaissance internationale un moyen de peser, de son poids d’artiste, dans la vie même de son pays. Logiquement d’ailleurs, il prévoit de filmer en collaboration avec le DC Cam de Yuk Chang (le centre de documentation sur le génocide cambodgien de l’université de Yale), le procès des anciens dirigeants lorsqu’il aura lieu. Ce projet est le prolongement logique d’une oeuvre qui place la trace (de l’amour, de la beauté ou de l’horreur) comme consusbtantielle à  l’art qu’elle illustre.

Filmographie

  • 1989 Site 2-aux abords des frontières (documentaire)
  • 1990 Souleymane Cissé (documentaire)
  • 1992 Cambodge, entre guerre et paix (documentaire)
  • 1993 Les gens de la rizière (Neak sre)
  • 1995 Cambodge, la famille Tan (documentaire)
  • 1995 Ary est partie à la ville (court-métrage)
  • 1996 Bophana, une tragédie cambodgienne (documentaire)
  • 1997 La prothèse (dans le collectif "Lumières sur un massacre : 10 films contre 100 millions de mines" : cm)
  • 1998 Un soir après la guerre (One evening after the war) (fiction)
  • 1998 Van Chan, une danseuse cambodgienne (documentaire)
  • 2000 La terre des âmes errantes (The land of the wandering souls) (documentaire)
  • 2000 Que la barque se brise, que la jonque s'entrouvre (tv)
  • 2002 S21, la machine de mort khmère rouge (documentaire)
  • 2003 Le peuple d'Angkor (documentaire)
  • 2005 Les artistes du théâtre brûlé (documentaire)
  • 2005 Le papier ne peut pas envelopper la braise (documentaire)
  • 2008 Un barrage contre le pacifique
  • 2007 Le Papier ne peut pas envelopper la braise
  • 2011 Duch, le maître des forges de l'enfer

Mise à jour le 24 octobre 2014

Outils

Bibliographie

Entretien avec Rithy Pahn, par Tristan de Bourbon dans L'humanité du 16 décembre 1998

Webographie

Rithy Panh, site du festival de La Rochelle
Génocide cambodgien, (site en anglais de l'université de Yale consacré au génocide cambodgien).
Khmers rouges, (Sur le jugement des Khmers rouges, par David Boyle, Doctorant à l'Université de Paris II, instructif et glaçant)

Films
dans le catalogue Images de la culture

S 21, la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh
Bophana, une tragédie cambodgienne de Rithy Panhbr
Souleymane Cissé de Rithy Panh