OUEDRAOGO Idrissa

acteur, producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

Né le 21 janvier 1954 à  Banfora, dans le Sud-Ouest du Burkina Faso (ex-Haute Volta), Idrissa Ouedraogo s’oriente tout d »ord vers des études d’anglais à  l’université de Ouagadougou avant de s’inscrire, en 1977, à  l’Institut africain de formation et d’études cinématographiques (Inafec) qui vient d’ouvrir ses portes à  Ouagadougou. Créé un an plus tôt avec le concours de l’Unesco, l’Inafec est le premier établissement de formation ouvert en Afrique pour les professionnels du cinéma et de la télévision (il fermera malheureusement ses portes quelques années plus tard, en 1984, sans être remplacé).

Ouedraogo en sort premier avec Poko, son court métrage de fin d’études, l’histoire d’une jeune femme qui meurt en couches faute de soins. Tourné en 16 mm en langue mooré, ce court métrage de 22 minutes remporte le Prix du court métrage du Fespaco (Festival du cinéma panafricain de Ouagadougou).

En 1981, il effectue un court passage à  la direction de la production cinématographique du Burkina, avant de poursuivre sa formation au VGIK de Moscou grâce aux accords de coopération qui existaient à  l’époque entre l’URSS et beaucoup d’à‰tats du Tiers Monde.

C’est là  que la cinéphilie qu’il s’était « bricolée » à  Ouagadougou (Les Dix Commandements, Eddie Constantine, les série B’85) trouve à  s’étoffer : Ozu et Welles, entre autres, deviennent ses nouveaux ma’eetres.

En 1982, il est admis à  l’Idhec (Institut de Hautes à‰tudes Cinématographiques), à  Paris. « Au départ, je désirais faire des films socio-éducatifs, des courts métrages de quelques minutes sur des thèmes concrets : comment filtrer lêu, par exemple. Mais toujours avec un souci de cinéaste. Dans ce pays de grande diversité linguistique, il me semblait important que ces petits films, que j’appelais documentaires fictionnalisés, soient totalement crédibles et qu’ils atteignent, par la seule force de l’image, l’évidence du parlant. «  (La Croix, mai 1987)

Mais, six ans plus tard, quelque temps après la sortie de Samba Traoré, il avouera : « La Russie et l’Occident n’ont pas véritablement construit ma perception cinématographique. La France, l’Idhec plus particulièrement, ne m’a appris que des techniques universelles. Le regard est une affaire personnelle. » (Positif, mars 1993)

Il tourne plusieurs courts métrages documentaires, dont Les à‰cuelles (1983), où il montre la fabrication, avec des instruments rudimentaires, d’écuelles de bois par deux vieux artisans burkinabè. La même année, il co-réalise avec Pierre Rouamba Les Funérailles du Larlé Naba, sur les rites funéraires royaux des Mossis.

Suivent plusieurs autres documentaires, dont Ouagadougou, Ouaga deux roues, et surtout Issa le tisserand, court métrage de vingt minutes sur la vie d’un artisan qui peine à  vendre ses tissus, pourtant d’une remarquable qualité, à  cause du commerce des friperies voisines et finit par se reconvertir. Le film obtient le Prix de la réalisation des Journées Cinématographiques de Carthage en 1984 et le Grand Prix du court métrage du Fespaco un an plus tard.

C’est en 1986 que Ouedraogo aborde le long métrage avec Le Choix (Yam daabo), sur les tribulations d’une famille qui, lasse de dépendre pour sa survie de l’aide humanitaire, prend la route de l’exil vers des contrées plus fertiles. Sélectionné au Fespaco 1986, puis au Festival des Trois continents de Nantes, le film est également invité à  la Semaine de la critique du festival de Cannes en 1987.

Faute de moyens, le film est tourné en 16 mm (il sera gonflé en 35 pour son exploitation commerciale) par des non-professionnels (ce sera d’ailleurs longtemps une constante du cinéma de Ouedraogo) ; mais il se signale par un vrai regard de cinéaste (simplicité de la mise en scène, dignité, souci d’aller au plus près de ses personnages et de leurs émotions).

C’est en 1987, au Festival de Cannes, que la vision de Yeelen, du Malien Souleymane Cissé agit sur lui comme une révélation : « Pour mon film suivant, j’ai décidé de me doter de tous les moyens nécessaires pour obtenir un film de qualité internationale » . C’est chose faite avec Yaaba, histoire d’une amitié entre deux enfants et une vieille femme soupçonnée d’être sorcière, qui fait partie de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 1989 et obtient le Prix de la critique internationale.

Moins d’un an plus tard, Tilaà¯, tragédie grecque transposée dans un paysage africain, obtient, toujours à  Cannes, le Grand Prix du jury. Grâce au succès critique et (dans une moindre mesure) public du film, Ouedraogo crée sa propre société de production, Les Films de la Plaine, grâce à  laquelle il réalise Samba Traoré. « Yaaba était l’histoire d’une amitié entre des enfants et une vieille dame : l’histoire africaine type ! Tila௠était une tragédie antique. Cette fois, le héros revient de la ville. Samba Traoré est un film moderne dans un décor africain, où le village devient le lieu de retranchement, du retour aux racines que l’on ne peut jamais oublier. » (Télérama, mars 1993)

Devenu le « wonder kid » africain, Ouedraogo est l’un des rares cinéastes du continent africain dont le nom est connu du public cinéphile. Les commandes affluent. Au théâtre : en 1991, la Comédie Française lui demande de mettre en scène La Tragédie du roi Christophe, d’Aimé Césaire. à  la télévision : il produit et réalise pour Canal Plus un court métrage sur le Fespaco ; et, en 1994, pour Arte, un téléfilm, Afrique mon Afrique (ce moyen métrage raconte l’histoire d’un musicien qui met son talent au service de la lutte contre le sida).

Toujours en 1994, il produit et réalise son premier film « français ». Tourné à  Lyon avec Richard Bohringer et Clémentine Célarié, Le Cri du coeur (la trajectoire du petit Moctar, obligé de quitter son Afrique natale pour aller rejoindre son père, parti travailler en France comme garagiste). Mais le film est boudé par la critique et le public, de même que, trois ans plus tard, Kini et Adams (deux hommes s’échinent à  réparer une vieille voiture pour partir visiter le monde). Il reste qu’avec Kini et Adams, tourné au Zimbabwe avec des comédiens sud-africains, Ouedraogo aura été l’un des premiers réalisateurs d’Afrique de l’Ouest à  s’ouvrir au monde anglophone.

Suite à  l’échec du film, qui compromet ses projets, il rentre vivre au Burkina, où il produit et réalise la série télévisée Kadi Jolie (énorme succès public). Après avoir vainement tenté de monter son épopée Boukary Koutou (du nom du souverain mossi, grande figure de la résistance africaine à  la conquête coloniale), il tourne en 2002 La Colère des Dieux, « une réflexion sur le pouvoir et la pénétration coloniale ».

Filmographie

  • 1981 Poko (cm) et Pourquoi ? (cm)
  • 1983 Les Funérailles du Larle Naba (cm) et Les Écuelles (cm)
  • 1984 Issa le tisserand (cm)
  • 1984 Ouagadougou, Ouaga deux roues (cm)
  • 1985 Tenga (cm)
  • 1987 Le Choix
  • 1989 Yaaba
  • 1989 Tilaï
  • 1991 Obi (cm)
  • 1991 Karim et Sala
  • 1992 Samba Traoré
  • 1994 Le Cri du coeur
  • 1994 Afrique mon Afrique (cm)
  • 1996 Samba (cm)
  • 1996 Leuk le lièvre (cm)
  • 1997 Kini et Adams
  • 1997 Les Parias du cinéma (cm)
  • 1997 Le Gros et le Maigre (cm)
  • 1997 La Boutique (cm)
  • 1997 Pour une fois (cm)
  • 2001 Kadi Jolie (série télévisée)
  • 2002 11' 09 " 01 (un des onze courts réalisés par onze réalisateurs)
  • 2003 La Colère des Dieux

    Mise à jour le 19 mai 2009