MARKER Chris

auteur du commentaire et de la bande son, cameraman, monteur, photographe

Biographie

Christian François Bouche-Villeneuve, alias Chris Marker, né en 1921 à  Neuilly-sur-Seine : écrivain, essayiste, photographe, voyageur, cinéaste engagé (nostalgie du communisme) et dégagé (critique ironique de l’inégalité du monde, communisme compris) ; amoureux des Russes, de l’Asie et de ses femmes, fasciné par les arts et les méandres de l’histoire comme circonvolutions de la conscience. Son oeuvre audiovisuelle, argentique et électronique, est un théâtre de la mémoire du siècle dernier, revu par l’art nouveau de ce siècle, le cinéma. En contrepoint de ce grand oeuvre mêlant images documentaires et commentaires littéraires, Marker tourne des films d’urgence militante (grève, guerre’85), basés sur l’entretien avec des protagonistes engagés dans la lutte.

Au sortir de ses études de philosophie, Chris Marker participe à  la Libération dans les FTP (Francs-tireurs partisans), puis comme parachutiste dans l’armée américaine.

Dans les années 50, il dirige, aux éditions du Seuil, la collection de livres de voyage « Petite planète », et écrit, dans une collection jumelle, un Giraudoux par lui-même. Les futurs « Commentaires » de ses films seront publiés chez ce même prestigieux éditeur.

Marker écrit aussi sur le théâtre dans la revue Doc, éditée par l’association Peuple et Culture. C’est par ce biais qu’il rencontre Alain Resnais, avec lequel il co-réalise son premier film, Les statues meurent aussi (1950). S’ensuivra une théorie de films-essais, de longueur variée, mariant prises de vues documentaires (photo, cinéma, puis vidéo), images d’archives et cinéma direct, avec la réflexion littéraire et l’engagement politique.

Paradoxalement, son film le plus célèbre est son seul film de fiction : La jetée (1962). Mais ces « scènes de la 3ème guerre mondiale », imaginées en photos fixes (tantôt comme des mauvais rêves prémonitoires, tantôt comme des souvenirs amoureux) formeront, quinze ans plus tard, le sous-titre du Fond de l’air est rouge, documentaire de montage fleuve sur les grandes luttes « de libération » des sixties.
L’oeuvre de Marker est ainsi cousue de quelques fils rouges, dont les reprises dessinent des motifs poétiques et politiques à  la fois, toujours répétés toujours différents, au gré des évolutions, révolutions et involutions de l’époque : le bonheur/l’histoire, l’amour/l’horreur, l’animal/le sacré, l’art/la mort’85 Le photo-montage Si j’avais quatre dromadaires (1966) en proposait déjà  la matrice, en opposant et apposant deux visions du monde : côté Château (sous le signe du Pouvoir et de Kafka) et côté Jardin (sous le signe du paradis perdu et de l’art).

De même stylistiquement, Marker retravaille à  chaque nouvelle création, la dialectique entre souvenir et devenir, espérance (révolution) et désillusion (répression), traduite par le montage polychronique entre images arrêtées/images en mouvement, archives/actualité, et polyphonie entre voix-je du commentaire et voix du monde. Cette oeuvre proliférante et inclassable intègre, depuis les années 80, des installations vidéo et autre CD-Rom Immemory, 1998)

Chris Marker est un homme qui préfère les amitiés discrètes aux apparitions publiques, la conversation aux tribunes et la poésie aux théories. Il sème dans ses films des signes de reconnaissance pour les amis, de même que des amis lui envoient des images du monde qu’il convie dans ses films. Il y a, de par le monde, une internationale occulte des markerophiles, dont le centre est un bar minuscule qui s’appelle « La jetée » dans le quartier chaud de Tokyo, où passent incognitos des cinéastes connus. Wim Wenders a réussi (dans Tokyo Ga) à  y filmer Chris, à  moitié caché derrière un menu frappé du dessin de son chat favori. Un véritable bestiaire d’animaux familiers et sauvages parcourt les films de Marker : chat, chouette, dromadaire, éléphant’85 surtout chat, incarnant tantôt l’innocence que nous avons perdue, tantôt la cruauté des hommes, tantôt un des nombreux mondes parallèles que savent si bien convoquer ses montages. Le chat, c’est à  la fois Felix (le bonheur), et le Sphinx, qui dévore celui qui ne sait pas déchiffrer l’énigme du temps.
Rappelons pour finir que l’écrivain et poète Henri Michaux aurait dit : « Il faudrait raser la Sorbonne et mettre Chris Marker à  la place. »

Filmographie

Réalisateur

  • 2008 Henchman Glance (le regard du bourreau), avec Leo  Hurwitz
  • 1952 Olympia 52
  • 1956 Dimanche à Pékin
  • 1958 Lettre de Sibérie
  • 1960 Description d'un combat
  • 1961 Cuba Si
  • 1962 La Jetée
  • 1962 Le Joli Mai
  • 1965 Le Mystère Koumiko
  • 1966 Si j'avais quatre dromadaires
  • 1969 On vous parle de Prague : Le deuxième procès d'Artur London
  • 1969 Jour de tournage (A propos de L'Aveu)
  • 1970 On vous parle du Brésil : Carlos Marighela
  • 1970 On vous parle de Paris : Les mots ont un sens (Portrait de François Maspero)
  • 1970 La Bataille des dix millions
  • 1971 Le Train en marche (Portrait d'Alexandre Medvedkine)
  • 1973 On vous parle du Chili : Ce que disait Allende
  • 1973 L'Ambassade
  • 1974 Puisqu'on vous dit que c'est possible (Lip)
  • 1974 La solitude du chanteur de fond
  • 1977 Le fond de l'air est rouge
  • 1981 Junkopia (San Francisco)
  • 1982 Sans soleil
  • 1984 2084
  • 1985 A.K. (Akira Kurosawa)
  • 1986 Mémoires pour Simone
  • 1996 Level Five
  • 1999 Une journée d'Andrei Arsenevitch
  • 2000 Andrei Tarkovski
  • 2004 Chats perchés
  • 2006 Leila attacks
  • 2008 Henchman Glance (Le regard du bourreau), avec Leo Hurwitz
    Co-réalisateur
  • 1950 Les statues meurent aussi avec Alain Resnais
  • 1967 Loin du Vietnam avec A. Resnais, W. Klein, J. Ivens, A. Varda, C. Lelouch, JL Godard
  • 1968 A bientôt j'espère avec Mario Marret, Chris Marker
  • 1968 La sixième face du Pentagone avec François Reichenbach
  • 1968 Ciné-tracts Chris Marker, qui serait à l'origine du projet, aurait réalisé quelques films de la série.
  • 1972 Vive la baleine avec Mario Ruspoli
    Quelques collaborations
  • 1955 Nuit et brouillard de Alain Resnais
  • 1956 Toute la mémoire du monde de Alain Resnais
  • 1956 Les hommes de la baleine de Mario Ruspoli
  • 1957 Broadway by light de William Klein
  • 1957 Le mystère de l'atelier quinze de André Heinrich et Alain ResnaisFiche réalisée par François Niney

Outils

  • Bibliographie
    Le documentaire un autre cinéma, Gauthier Guy, Paris, Editions Nathan,1995 [chapitres intitulés " La vie en direct " et " La vie en mémoire "].
    Anatole Dauman : Souvenir-Ecran, Gerber Jacques, Paris, Centre Georges Pompidou, 1989 [chapitre intitulé " Trois flandrins qui ébranlèrent le temple : Jean Rouch, Chris Marker, Jean-Luc Godard "].
    Dossier Chris Marker, Positif n°433, mars 1997 p.76-104