LOACH Ken

acteur, réalisateur

Biographie

Ken Loach est né le 17 juin 1936 à  Nuneaton dans la banlieue de Londres. à‰tudiant en droit à  Oxford, il préside l’Association Théâtrale de l’Université puis effectue son service militaire à  la Royal Air Force, devient acteur pendant deux ans et finit par devenir metteur en scène au Northampton Repertory Theatre. En 1963, on le retrouve comme réalisateur stagiaire à  la BBC/TV et, en 1969, il fonde la Kestrel Films avec Tony Garnett qui a été son producteur à  la télévision. Durant cette période, Tony et lui adaptent pour la télévision quelques pièces comme Up The Junction, The End of Arthur’s Marriage ou In Two Minds de David Mercer qui deviendra plus tard Family Life.

En 1966, trente ans avant Ladybird, le jeune Ken Loach bouleverse le grand public britannique avec Cathy Come Home, un « docudrama » mêlant scènes de fiction et séquences documentaires. Le film raconte l’histoire de Cathy et de son mari à  qui les services sociaux enlèvent les enfants à  la suite d’un accident et de la perte de leur logement. L’opinion est à  ce point touchée qu’une campagne de presse est organisée et « Shelter », une association pour les sans-abri, est créée.  » Pour nous, les films de télévision sont au moins aussi importants que les films de cinéma. La raison principale qui nous pousse à  travailler à  la télévision, c’est que c’est populaire. Les travailleurs regardent la télévision, vont de moins en moins au cinéma, jamais au théâtre… « , déclare Tony Garnett, le complice et producteur de toujours de Ken Loach.

Toutefois, c’est grâce au cinéma que Ken Loach acquiert sa renommée. Après la sélection en 1968 au Festival de Cannes de Poor Cow (Pas de larmes pour Joy) dont l’histoire est proche de celle de « Cathy Come Home », c’est avec Kes l’année suivante puis avec Family Life (1971) qu’il conna’eet le succès international.

Adapté d’un livre de Barry Hines (« A Kestrel for a Knave »), Kes est aujourd’hui considéré comme un classique du film social sur l’enfance meurtrie. Le film raconte l’histoire de Billy, un jeune garçon issu d’une famille pauvre d’une petite ville minière du Yorkshire. L’enfant est en passe de quitter le milieu scolaire pour le monde du travail. Indifférent à  la réalité qui l’entoure, il ne s’intéresse à  rien, excepté un jeune faucon qu’il trouve un jour et qu’il entreprend de dresser. Ce film britannique que Stephen Frears considère comme le meilleur d’après-guerre constitue un plaidoyer pour les enfants victimes de l’incompréhension des adultes et d’un système éducatif rétrograde.

En 1971, Ken Loach réalise Family life. Le scénario de David Mercer d’après sa propre pièce « In Two Minds » s’inspire des théories de l’antipsychiatrie de Laing et Cooper qui deviendront dans le film les « méthodes nouvelles » de Donaldson, un docteur à  qui on a confié une jeune femme de dix-neuf ans que sa famille force à  avorter par convenance. Hélas ! Donaldson dérange le milieu. La psychiatrie traditionnelle prend alors le relais et fait de la fille une malade incurable. Après avoir échappé à  une censure totale, le film ne fut visible que dans deux salles à  Paris.

Dans le même temps, Ken Loach travaille régulièrement pour la télévision, ce qui lui permet de tisser des liens solides avec des scénaristes comme Jim Allen (Hidden Agenda, Raining Stones, Land and Freedom ; The Big Flame, Days of Hope…) ou Barry Hines (Kes, Looks and Smiles ; The Price of Coal, The Gamekeeper…). Son travail de documentariste fait non seulement de lui un cinéaste engagé, à  l’écoute des classes laborieuses victimes de l’exclusion, mais aussi un des principaux acteurs de cette école néoréaliste qui transforme le regard de la télévision sur la réalité.

Outre que Looks and Smiles constitue la dernière collaboration avec Barry Hines, ce film réalisé en 1981 marque un tournant dans la carrière de Ken Loach. D »ord envisagé comme la suite de Kes où un jeune homme devait rechercher son premier emploi, le film prend l’allure d’une errance désespérée de deux garçons en quête de travail. Nous sommes au début des années 80. Il y a plus de trois millions de chômeurs en Grande-Bretagne, le temps partiel et précaire augmente, l’économie est à  la dérive… Pour le garçon « arrivé à  Sheffield, il devient évident qu’il n’y a pas d’emploi…« , déclare le metteur en scène (dans « Time Out » du 17 décembre 1982, in « Histoire du cinéma britannique » de Philippe Pilard, éd. Nathan, p. 103). « Nous voulions montrer que tous les adolescents ne sont pas des émeutiers. Ils vivent une vie de désespoir silencieux… Je n’ai pas voulu faire seulement un film de propagande sur le chômage, mais aussi un film sur la difficulté à  mà»rir et à  devenir adulte… » Et le même, un peu déçu, d’ajouter plus tard que Looks and Smiles est un film « léthargique […]. Nous avons été trop gentils, insuffisamment critiques par rapport à  la réalité sociale. L’humour et le sarcasme que l’on trouve dans Riff Raff et aussi dans Raining Stones sont plus efficaces’85 » (Dossier Ken Loach, « Positif », octobre 1993).

Parallèlement à  la dépression que traverse le pays durant les années 80, Ken Loach conna’eet une crise professionnelle et artistique. Farouche opposant à  la politique de Thatcher et critique virulent à  l’égard des à‰tats-majors syndicaux et du Parti Travailliste, certains de ses documentaires comme A Question of Leadership sur le mouvement syndical sont interdits de diffusion à  la télévision. Côté cinéma, on ne retiendra guère de cette période que Fatherland, histoire d’un chanteur est-allemand « engagé », tiraillé entre le capitalisme et le pouvoir politique de la R.D.A.

S’inspirant du rapport Stalker sur l’Irlande du Nord, Hidden Agenda en 1990 est un film-enquête à  la manière de Costa-Gavras (période Z) qui dénonce les pratiques de certains services secrets britanniques en Irlande du Nord. Si le film trouve son public, certains journaux du pays le critiquent violemment. à  partir de 1991, Ken Loach revient en milieu populaire et dresse un bilan du thatchérisme avec des films comme Riff Raff, Raining Stones et Ladybird. On remarque que le ton est nouveau. Finie la froideur critique tant reprochée de Looks and Smiles, l’heure est à  la simplicité, à  là¯facement des effets et à  la recherche de l’émotion. Suivront deux films historiques : Land and Freedom en 1995 et Carla’s Song en 1996. Le premier est l »outissement d’un vieux projet cher à  Loach sur la Guerre d’Espagne et les tensions internes qui ont divisé les rangs républicains. à  sa sortie, le film suscite un grand émoi en Espagne, surtout chez les jeunes qui ignoraient à  peu près tout de ce passé trouble. Après une première partie située à  Glasgow, Carla’s Song nous entra’eene à  la suite d’un chauffeur de bus dans le Nicaragua de la lutte sandiniste. Notons que la même année, Ken Loach tourne un documentaire surLes Dockers de Liverpool en grève contre une vague de licenciements.

Après My Name is Joe, son treizième film de cinéma où il revient sur le terrain du réalisme social, Ken Loach tourne Bread and Roses en 2000, une démonstration un rien didactique sur les conditions de travail des émigrés mexicains de Los Angeles. Toujours soucieux de défendre la cause prolétarienne, le metteur en scène ne parvient pas à  éviter la vision manichéenne de la lutte syndicale. Tout comme dans My Name is Joe, humour et romance rel’chent la tension dramatique du discours politique. Ken Loach est actuellement en préparation de tournage de « Sweet Sixteen », la deuxième partie d’une trilogie dont My Name is Joe constitue le premier volet.

Filmographie

Cinéma

  • 1968 Poor Cow (Pas de larmes pour Joy)
  • 1969 Kes
  • 1972 Family Life
  • 1978 Black Jack (Prix de la Critique Internationale à Cannes)
  • 1981 Looks and Smiles (Regards et sourires), Prix du Cinéma Contemporain à Cannes
  • 1986 Fatherland
  • 1990 Hidden Agenda (Secret défense), Prix Spécial du Jury à Cannes
  • 1991 Riff Raff, Film européen de l'année ; Prix Internationale de la Critique à Cannes
  • 1993 Raining Stones, Prix du Jury à Cannes
  • 1994 Ladybird, Ladybird (Ladybird), Ours d'Argent de la Meilleure Actrice à Berlin
  • 1995 Land and Freedom, Prix de la Critique Internationale à Cannes, César du Meilleur film étranger
  • 1996 Carla's Song, Médaille d'Or du Sénat au Festival de Venise
  • 1998 My Name is Joe, Prix de la Meilleure Interprétation masculine et Prix de l'Éducation nationale à Cannes
  • 2000 Bread and Roses
  • 2001 The Navigators
  • 2002 Sweet sixteen
  • 2002 11' 09 " 01 (un des onze courts réalisés par onze réalisateurs)
  • 2004 Just a kiss (Ae Fond Kiss)
  • 2005 Tickets (avec Ermanno Olmi et Abbas Kiarostami)
  • 2006 The Wind that shakes the Barley (Le vent se lève)
  • 2007 Chacun son cinéma (épisode : Happy ending)
  • 2007 Tickets
  • 2008 It's a free world
  • 2009 Looking for Eric
  • 2010 Route Irish
  • 2012 La Part des Anges (The Angels' Share)
  • 2013 L'Esprit de 45 (The Spirit of '45)
  • 2014 Jimmy's Hall

Télévision

  • 1964 Diary of the Young Man
  • 1965 Three Clear Sundays
  • 1965 Up the Junction
  • 1965 The End of Arthur's Marriage
  • 1965 Coming Out Party
  • 1965 Cathy Come Home
  • 1967 In Two Minds
  • 1969 The Golden Vision
  • 1969 The Big Flame
  • 1969 The Rank and the File
  • 1969 After a Lifetime
  • 1969 The Save the Children Fund Film
  • 1975 Days of Hope
  • 1977 The Price of Coal
  • 1980 The Gamekeeper
  • 1981 A Question of Leadership
  • 1984 Which Side Are You On ?
  • 1988 The view from the Woodpile
  • 1988 Time to Go
  • 1991 Dispatches
  • 1996 The Flickering Flame (Les Dockers de Liverpool)
  • 1998 Another City

Mise à jour le 24 octobre 2014

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