KITANO Takeshi

acteur de music-hall, animateur TV, comédien, compositeur, peintre, producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

Peintre, animateur à  la télévision, comédien, cinéaste, scénariste, producteur, romancier, poète, auteur de chansons, dirigeant d’une équipe de base-ball, Takeshi Kitano fait partie de ces artistes polyvalents qui apportent une magie originale et personnelle au cinéma. Avec ses personnages en mouvements (marche, sports, jeux divers et poursuites), ses paysages architecturés (urbains, ruraux ou balnéaires), ses saccades de violence, son humour noir et son sens de la poésie sans surcharge, il s’est imposé comme l’un des plus grands cinéastes de ces dernières années.

Passionné par les dérives de l’adolescence et les attentes de l’enfance, il a filmé le désespoir avec détachement, l’amitié avec distance et le simple bonheur avec une impeccable économie de moyens.

Lucide et audacieux, il déclarait à  Shiguéhiko Hasumi:
« Parmi toutes les formes de divertissement, le cinéma est aujourd’hui le seul art total, le seul dans lequel on peut mettre des éléments d’origines diverses. Moi, je suis en partie un comique, ou un talento de la télévision ; mais il faut prendre en considération la musique ou la photographie, par exemple, et tant d’autres choses que le cinéma, aujourd’hui, qui est capable de se mêler pour recréer une forme d’expression cohérente. Certains me conseillent de me consacrer exclusivement au cinéma, mais si je n’avais pas la possibilité de poser mon regard sur autre chose, je crois que je ferais aussi bien d’arrêter le cinéma. Je ne suis pas un metteur en scène à  plein temps. C’est la mise en scène qui m’est tombée dessus. Et si je ne tiens pas cette position, je crois que je gaspillerais vite toutes mes munitions. »

Parcours

Né le 18 janvier 1947 à  Tokyo, Kitano passe son enfance dans le quartier pittoresque de Asakusa. Il y apprend la violence et la vie. Son père occupe la plupart de son temps à  perdre son argent au jeu. Diplômée de l’école normale, sa mère vient d’une famille d’officiers et assure une forme d’ordre dans la famille.

Mauvais élève, Kitano rêve de devenir yakusa. Il est bagarreur et instable. Sa mère l’envoie étudier à  l’université de Meiji pour qu’il devienne ingénieur. Mêlé aux groupes d’étudiants d’extrême gauche, il en est renvoyé et survit en tenant la caisse d’un cabaret de strip-tease où se produisent également des acteurs comiques. L’idée de devenir comédien le pousse à  accepter de remplacer un travesti au pied levé et à  apprendre le mime et les claquettes. Il obtient le soutien de Senzaburo Fukami, vedette de ce genre de spectacles, entre dans sa troupe, puis s’essaie dans le « manza௠» (comique sur l’échange de dialogue, l’improvisation et la vitesse d’élocution). C’est ainsi qu’il forme les « Two Beats » avec son ami Kiyoshi.

Le succès ne tarde pas à  venir à  cause de l’audace verbale (mots crus) et de l’originalité du tandem. La télévision s’intéresse à  eux et les filme. Les « Two Beats » deviennent célèbres dans tout le Japon. Les gens de cinéma s’intéressent alors à  la personnalité de Kitano. Il joue dans des films de seconde catégorie, avant de tenir un grand rôle dans Furyo (1983) de Nagisa Oshima.

En parallèle à  sa carrière d’animateur de télévision, il continue de faire l’acteur au cinéma et appara’eet en vedette dans un téléfilm : Okubo Kioshi No Hanzai, où il incarne un personnage tragi-comique et violent qui préfigure les rôles de policiers ou de yakusas qu’il tiendra dans ses propres films.

En 1989, engagé pour interpréter un flic violent dans Sono otoko, kyobo ni tsuki (Violent Cop) de Kenki Fukusaku, il reprend le scénario et le tournage et signe ainsi sa première réalisation.

Démarqué des « Inspecteurs Harry » avec Clint Eastwood, le policier interprété par Kitano n’a rien de commun avec son personnage de comique à  la télévision. Silencieux et tourmenté, il impressionne par sa présence muette. La mise en scène repose sur une confrontation du mouvement et de la lenteur. L’humour noir évite la complaisance. On remarque un sens magistral de l’espace et un art subtil du contre-pied. Dès son coup d’essai, Kitano s’impose comme un auteur aux envolées poétiques à  la fois lyriques et sèches.

Il réalise ensuite Boiling Point et y joue un yakusa fou dans la seconde partie. Extravagant et totalement incongru, c’est le récit de l’initiation d’un adolescent (presque autiste et joueur de base-ball) qui se double d’une réflexion sur la violence. Malgré l’échec commercial du film, Kitano persévère en réalisant une oeuvre où il joue pas : A Scene at the Sea, histoire d’un jeune sourd et muet qui devient champion de surf. Ici, pas de policiers, de gangsters ni de violence physique. C’est un film contemplatif sur la jeunesse et la marginalité.

Tout en continuant son travail à  la télévision et sa carrière d’acteur, il se dirige à  nouveau dans Sonatine, film crépusculaire et décalé sur un yakuza désenchanté. Cette démolition poétique du genre policier décontenance le public. Le film est retiré de l’affiche au bout d’une semaine, mais il est sélectionné à  Cannes dans la section « Un certain regard ». Cela lui vaut d’être découvert par les cinéastes américains Martin Scorcese (qui sort le film aux USA) et Quentin Tarentino, ainsi que d’être remarqué par la critique internationale. Sa notoriété dépasse les frontières. S’il est un clown de télévision pour les Japonais, il fait figure de dur à  cuire pour le reste du monde, et incarne un chef Yakusa dans un film américain : Johnny Mnemonic.

Craignant que cette image de gangster et de cinéaste du polar violent le poursuive, il tourne un film délirant et burlesque, Getting Any ? , puis est victime d’un accident de moto, dont il va conserver des séquelles physiques. Longtemps en convalescence, il s’adonne à  la peinture. Puis il réalise et produit Kids Return, où il n’appara’eet pas. Ce film s’inspire de sa propre adolescence. Pierre-Henri Deleau le sélectionne pour la Quinzaine des réalisateurs à  Cannes. Ce récit doux amer d’une jeunesse flouée va séduire le public. C’est son premier succès commercial au Japon.

Son septième film est Hana-bi, une oeuvre grave avec peu de dialogue. Elle raconte l’histoire d’un policier révoqué qui commet un hold-up pour rembourser sa dette aux yakusas et aider un ancien collègue paralysé, ainsi que la veuve d’un autre flic. Avec le reste de l’argent, il emmène sa femme malade en voyage et doit tuer les yakusas lancés à  sa poursuite. Ses anciens collègues le pourchassent. C’est un road-movie qui s’achève tragiquement devant la mer. Un tel scénario avait tout pour donner un suspense mené à  100 à  l’heure. Kitano fait l’inverse, joue de la lenteur, du statisme, d’un humour tendre et du contrepoint. C’est toujours un jeu d’attente et de signes. Un chef-d’oeuvre qui obtient le Lion d’or au Festival de Venise.

Kitano tourne ensuite L’Eté de Kikujiro sur un autre registre. Le succès du film le conforte dans sa place de grand auteur du moment. Après des années de silence, Oshima revient à  la réalisation avec Tabou (Gohatto, 1999) et lui offre un des premiers rôles. Les Américains lui proposent de faire un film chez eux. Excité par le challenge, Kitano accepte et réalise Aniki, mon frère (2000), où son personnage de yakusa décalé va régler des comptes aux à‰tats-Unis. Bonne occasion pour percuter les codes anciens et nouveaux du film de gangster, sauf que ce bougre de clown impassible démolit, en un même ballet hiératique, les stéréotypes du film de yakusa avec ceux du film « noir » sur les bandes de Noirs et ceux des films sur la maffia. Il en résulte un feu d’artifice où le lyrique côtoie le burlesque, l’image violente ricoche sur l’ellipse visuelle et la farce crée le drame. Ce film est beaucoup moins : « Kitano en Amérique » que « Kitano chez Shakespeare ». Le style Kitano est toujours là , mais il est conduit à  un magnifique point de rupture qui laisse présager encore bien des surprises de la part de ce cinéaste.

Filmographie

Acteur

  • 1980 Makoto-chan
  • 1981 Manon (1981)
  • 1981 Danpu Wararidori
  • 1983 Furyo (Senjou ne merii Kurisumasu) de Nagisa Oshima
  • 1985 Yasha
  • 1986 Komikuze zasshi nanka iranai !
  • 1992 Eritikkuna kankei
  • 1993 Many Happy Returns (Kyoso tanio) de Toshihiro Tenma
  • 1995 Johnny Mnemonic de Robert Longo
  • 1995 Gonin de Takashi Ishii
  • 1998 Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin
  • 2000 Tabou (Gihartto) de Nagisa Oshima

Acteur et réalisateur

  • 1989 Violent cop (Sono otoko , kyobo ni tsuki)
  • 1990 Boiling Point (3-4x Jugatsu)
  • 1994 Sonatine (Sonatine)
  • 1994 Getting any ? (Minna yatteruja)
  • 1997 Feux d'artifice (Hana-bi)
  • 1999 L'Été de Kikujiro (Kikujiro no natsu)
  • 2000 Aniki, mon frère (Brother/Aniki)
  • 2003 Zatoichi
  • 2008 Glory to the filmmaker (Kantoku Banzaï)
  • 2009 Achille et la tortue (Kantoku Banzaï)
  • 2010 Outrage (Autoreiji)

Réalisateur

  • 1991 A Scene at the Sea (Ano natsu, ichiban shizukana uni)
  • 1996 Kids Return (Kidzu ritan)
  • 2002 Dolls
  • 2007 Chacun son cinéma (épisode : One fine day)

Mise à jour le 24 octobre 2014