KAURISMĄKI Aki

dialoguiste, producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

Passion cinéphilique et premières écritures
Aki Kaurismaki est né en 1957 à Orimattile (Finlande). Contrairement à son frère Mika (Ecole de cinéma et de télévision de Munich), Aki ne fait pas d’études cinématographiques,. Mais, dès son adolescence, il participe à tous les ciné-clubs d’Helsinki. Ce cinéphile passionné voit jusqu’à six films par jour, très organisé dans l’organisation de son emploi du temps cinéma. Il s’enfuit de l’armée, puis devient postier pendant trois mois : travail le matin, cinéma l’après-midi, que rêver de mieux ?. Il dévore avec ardeur La vie de Bohême, le livre d’Henry Murger. à ses amis, sceptiques, il proclame qu’il en fera un film Sans formation de metteur en scène, sans argent, c’est pourtant ce qu’il accomplira, quinze ans plus tard. Travaillant dans le bâtiment, il rédige le scénario du film réalisé par son frère Mika en fin d’études de son école de cinéma (1980), film dans lequel Aki joue le rôle principal. Enfin son rêve prend forme : il entre vraiment en cinéma et co-réalise un documentaire de long métrage : La geste de Saimaa (1981), avec son frère Mika.

Le cinéaste adaptateur
L’année suivante, il se marie et met en oeuvre l’adaptation du plus célèbre roman de Dostoïevski : Crime et châtiment (1983) Dans son premier film vraiment personnel, il adopte un style très différent de ce qu’il fera plus tard : mobilité et fluidité du cadre s’accompagnant de nombreux mouvements d’appareils. Une autre adaptation suivra, en 1987 : Hamlet goes Business, où le décor shakespearien fait place au milieu boursier finlandais et aux spéculations des années 1980. En 1992, il tient sa promesse de jeunesse et réalise, à Paris, l’adaptation du roman de Murger : La vie de Bohême.

La dimension prolétarienne
Après avoir tourné Calamari Union (1984), et Rocky VI (court-métrage, 1986), il réalise Shadows in Paradise, en 1986, qui le fait conna’eetre du grand public. La thématique  » prolétarienne  » s’y développe, ainsi que pour les deux films suivants : Ariel, en1988, et La Fille aux allumettes, en 1989, qui fait un clin d’oeil au conte d’Andersen. Conditions de travail, conscience de classe, aliénation de l’homme par l’outil de travail, telle est la dimension sociale qui structure le récit. Quant aux personnages, ce sont des éboueurs, des mineurs, des ouvriers à la cha’eene, des caissières. Au loin s’en vont les nuages, en 1996, se rattache complètement à cette thématique en abordant le chômage. Ce sont ces films qui ont forgé le renom de Kaurism’e4ki, notamment en France. L’homme sans passé prolonge cette dimension sociale, montrant le petit monde des laissés pour compte dans une zone portuaire d’Helsinki.

Faire rire
J’ai engagé un tueur (1990), tourné à Londres, est à la fois une comédie dont l’humour noir bien anglais teinte la trame psychologique, et un thriller, sur fond de réalité sociale (le suicidaire qui a engagé un tueur et qui se rétracte n’est autre qu’un employé licencié), auquel s’ajoutent les emprunts au mythe du vampire. Ce film commence ainsi : »la vie est dure mais divertissante« . Cette vérité kaurism’e4kienne semble banale et absurde, mais elle s’inscrit parfaitement dans ce film, ainsi que, en filigrane, dans l’oeuvre du cinéaste. Clin d’oeil à Truffaut, c’est Jean-Pierre Léaud qui incaarne le personnage du petit Français, de la même façon que Kaurismaki emploie dans presque tous ses films son propre alter ego : son ami comédien Matti Pellonp’e4’e4. La veine comique est encore plus visible dans Leningrad Cowboys go America (1989). Au début des années 90, on retrouvera le groupe rock, Leningrad Cowboys, dans deux courts-métrages musicaux de 5 et 6 minutes (« des clips de musique », avoue-t-il), puis, en 1994, dans Leningrad Cowboys meet Moses (« les L.C rencontrent Moïse »). Ces deux films, véritables road-movies, montrent le parcours fantaisiste du groupe musical aux Etats-Unis ; par le burlesque, par l’invention voire la démesure, ils prolongent le ton de Calamari Union. Le cinéaste révèle ici quelques ressemblances avec des réalisateurs de la même génération, tels Wim Wenders ou Jim Jarmush. Dans un autre road-movie, finno-russo-estonien, Tiens ton foulard, Tatiana (1994), qui dure une heure seulement, on trouve le même goût du pastiche et les mêmes dimensions d’un scénario simple, avec des private jokes pour faire bonne mesure. Huit ans plus tard, L’homme sans passé témoigne des mêmes intentions comiques sur fond de réalité sociale.

Un cinéma minimal
Aki Kaurismaki, dans son avant-dernier film, Juha, (Finlande, 1997, France, début 1999), retrouve l’adaptation, avec le roman du Finlandais Juhani Aho : L’Ecume des rapides. Surtout, il parachève ses efforts précédents de sobriété des dialogues (rappelons que La Fille aux allumettes comportait très peu de dialogues) : Juha est un film muet, mais un film muet des années 90, c’est-à-dire avec une musique qui, faute de dialogues, devient plus encore une voix énonciative essentielle. Outre la suppression des dialogues, Kaurismaki renonce à la couleur : le directeur de la photo, le vieux compagnon Timo Salminen, redonne au noir et blanc sa pureté merveilleuse. Enfin, dans ce mélodrame, Kaurismaki le cinéphile rend hommage au cinéma muet de la grande époque, à Chaplin, à Stroheim, à Murnau, à Borzage. L’hommage s’accompagne souvent de l’humour qui sous-tend ses autres oeuvres, dans une veine fréquemment parodique.

Le présent et la nostalgie
« Je suis Finlandais« , déclare-t-il à un journaliste, signifiant ainsi qu’il est triste depuis sa naissance. Il confie volontiers son pessimisme : « Plus je deviens pessimiste, plus je fais des films optimistes.  » (Télérama, 6 novembre 2002) Il plaisante sur sa névrose. Il confie parfois sa fatigue, l »andon de ses forces, et va même jusqu’à prétendre que l’usure du temps le touche autant que sa vieille caméra achetée à Bergman et détermine ses choix de plans fixes. Ainsi, avait-il annoncé sa retraite anticipée, au festival de Berlin, en 1994, tout comme Kieslowski. Pourtant, aussitôt après il réalise un de ses films les plus accomplis, Au loin s’en vont les nuages. Excessivement nostalgique, Aki Kaurism’e4ki vit pourtant bien dans le présent, n’hésitant pas à investir dans les affaires. Les deux frères sont propriétaires, à Helsinki, de deux bars branchés (Moskova et Corona) où l’on sert d’excellents vins géorgiens. Par ailleurs, le cinéaste possède des vignes en Grèce et au Portugal (« 500 bouteilles par an pour la consommation personnelle » dit-il, ne cachant pas son goût immodéré pour l’alcool) ; il possède aussi un hôtel étrange, l’hôtel Oiva à Karkilla, dont le décor reflète celui de ses films, meubles des années 60 sur fond de vieux disques de rock’n roll. Il vit le plus souvent au Portugal, près de Viana do Castelo, dans un trou perdu. Le regard toujours tourné vers les objets du passé, il a renouvelé le cinéma finlandais, non sans reconna’eetre son profond attachement à un cinéma qui a marqué la modernité: la Nouvelle Vague.

 

Filmographie

  • 1981 La geste de Saimaa (Saimaa-Ilmiö)
  • 1983 Crime et châtiment
  • 1984 Calamari Union
  • 1986 Shadows in Paradise (Varjoja paratiisissa)
  • 1987 Hamlet goes Business, (Hamlet liikemaailmassa)
  • 1988 Ariel
  • 1989 Leningrad Cowboys go America
  • 1989 La Fille aux allumettes (Tulitikkutehtaan tyttö)
  • 1990 J'ai engagé un tueur
  • 1992 La vie de Bohême
  • 1994 Tiens ton foulard, Tatiana (Pid'e4 huivista kiinni, Tayjana)
  • 1994 Les Leningrad Cowboys rencontrent Moïse (Leningrad Cow-boys meet Moses)
  • 1994 Total balalaika show
  • 1996 Au loin s'en vont les nuages (Kauas Pilvet Karkaavat)
  • 1999 Juha
  • 2002 L'homme sans passé (Mies Vailla Menneisyytt'e4)
  • 2006 Les lumières du faubourg (Laitakaupungin Valot)
  • 2007 Chacun son cinéma (épisode : La fonderie)
  • 2010 Le HavreMise à jour le 14 février 2012

Outils

  • Bibliographie Aki Kaurismaki, Revue Contrebande, Université de Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, 2000
    Ce travail essentiel regroupe des articles sur le cinéma du réalisateur jusqu'à Juha (1999). A signaler, parmi les titres au sommaire : " réalisme intérieur à la finlandaise : un comique vide, froid, raide et lent " (René Prédal) ; " Une esthétique du raccourci et de la segmentation " (Daniel Serceau) ; " La classe ouvrière ira au paradis " (Nathalie Nezick, également rédactrice en chef de la revue).
    Nuages dans le paradis. Un guide du cinéma finlandais, Von Bagh Peter, trad. Paul Parant, Otava 2000
    Une concise introduction au cinéma finlandais. Une partie de cet ouvrage écrit par un spécialiste du cinéma finlandais est consacrée à Kaurismaki.
  • Webographie www.sci.fi/~solaris/kauris/Films
    dans le catalogue Images de la culture
    Aki Kaurismäki de Guy GirardFiche réalisée par Jacques Joubert, le 15 septembre 2004