GODARD Jean-Luc

acteur, critique de cinema, réalisateur, scénariste

Biographie

De nationalité suisse, Jean-Luc Godard naît à  Paris en 1930, au sein d’une famille protestante de haute et de moyenne bourgeoisie (respectivement, sa mère et son père) ; il effectue ses années lycéennes entre l’Helvétie (Nyon) et l’hexagone (Lycée Buffon à  Paris), puis mène des études de lettres et de sciences à  la Sorbonne où il suit des cours de peinture, de littérature, d’ethnographie (il obtiendra d’ailleurs un certificat dans cette discipline) et de cinéma (à  l’Institut de Filmologie).

Premiers écrits cinéphiliques
Par ailleurs, il fréquente le Ciné-Club du Quartier Latin (où il lie connaissance avec Jacques Rivette, Eric Rohmer et François Truffaut) et la Cinémathèque Française (il restera, d’ailleurs, d’une fidélité constante à  son directeur, Henri Langlois). En 1950, avec Rohmer (dont le pseudonyme est Maurice Schérer), il écrit dans La gazette du cinéma, revue créée par Rivette, quelques articles dont un (petit) manifeste remarqué (« Pour un cinéma politique »), mais c’est véritablement en 1952 que, grâce à  sa mère qui conna’eet Jacques Doniol-Valcroze, co-fondateur avec André Bazin (la figure tutélaire de la critique française de cinéma) des Cahiers du cinéma, il rédige son premier « papier » (n°8 de janvier) dans la prestigieuse revue. Son pseudonyme, Hans Lucas, reste attaché à  de nombreux articles passionnés façonnant, à  l’instar de ceux de Claude Chabrol, Truffaut, Rohmer ou Rivette, la légendaire nouvelle génération cinéphilique qui, après avoir défendu Hitchcock, Hawks, Bergman, promu la politique des auteurs et vomi le cinéma français traditionnel, deviendra, quand elle passera à  l’acte de la réalisation, la non moins mythique Nouvelle Vague.

Passages à l’acte
Mais, pour l’heure, Godard a maille à  partir avec les institutions : s’il quitte Paris pour la Suisse afin d’échapper au service militaire français, s’il quitte la Suisse pour l’Amérique du Sud et la Jama’efque afin d’éviter le service militaire helvète, son retour final dans le pays natal de ses parents se solde par un bref séjour en prison, puis en asile psychiatrique, réponse à  un vol qu’il perpètre à  la télévision Suisse Romande où il travaille. Après cette parenthèse judiciaire, et la mort de sa mère dans un accident de voiture en 1954, il se fait embaucher comme ouvrier à  la construction du barrage de la Grande Dixence et réalise, à  ses frais, un court-métrage, Opération Béton sur le sujet. C’est le premier de quatre courts-métrages qui, entre documentaire (Une histoire dêu avec Truffaut sur les inondations de 1958) et fiction (Tous les garçons s’appellent Patrick sur un scénario de Rohmer), commencent à  installer Godard dans le petit monde du jeune cinéma français (il avait déjà  été acteur pour Rohmer (Charlotte et son steak, 1951 et Rivette (Quadrille, 1952). Comme Chabrol, Rohmer et Truffaut, Godard passe ensuite au long-métrage en 1959 avec A bout de souffle qui consacre le succès d’une nouvelle génération de cinéastes, d’acteurs, de chef opérateurs et de producteurs attachés à  propager un nouveau souffle. Les caractéristiques de cette modernité (tournage en extérieur, goà»t de l’improvisation, camera portée, culture de la référence cinéphilique, jeu sur le dispositif révélé), qui ont inspiré des réalisateurs comme Scorsese, Coppola ou Bertolucci, bouleverseront, à  jamais, le paysage du cinéma français d’auteur. Godard, pour sa part, est, sans nul doute, l’élément le plus radical de cette révolution : son film suivant, Le petit soldat, est interdit par la censure pendant trois ans (pour cause d’allusion à  la torture durant la guerre d’Algérie) et il signe, en 1965, un des plus authentiques manifestes libertaires du cinéma français, Pierrot le fou.

Des gestes politiques
Il est un fait qu’à  partir de cette période la carrière de Godard devient une trajectoire singulière dont l’indépendance est le principal moteur. On peut, très schématiquement, y relever plusieurs grandes périodes. Il y a celle dite « Anna Karina » où, marié avec la comédienne (qui inspirera, d’ailleurs, aussi Gainsbourg), il tournera avec elle sept films (jusqu’à  Anticipation » dans Le plus vieux métier du monde, 1965) : ils fonderont, d’ailleurs, tous deux la société de production, Anoutchka.
Ce souci de l’autonomie structurelle culminera durant l’ère des gestes politiques intenses. Elle commence avec La chinoise en 1967 et se poursuit par un engagement artistique remettant en cause le système même de fabrication du cinéma (c’est, d’une certaine manière, avec ce type de réactions qu’ont voulu renouer les signataires du Dogme, il y a quelques années, même si, dans ce dernier cas, il s’agissait plutôt d’une posture). Cette attitude s’enracine dans des prises de position militantes : la manifestation contre le limogeage de Langlois à  la Cinémathèque Française par Malraux, le boycott du festival de Cannes en 1968, puis les réalisations collectives de films militants, inaugurées par Loin du Vietnam en 1967 (initié par Chris Marker), et culminant dans la création du groupe Dziga Vertov avec Jean-Pierre Gorin, Gérard Martin, Nathalie Billard et Armand Marco, militants marxistes-léninistes radicaux. Le cinéma auquel ils se consacrent n’est pas distribué dans le circuit commercial traditionnel, les signatures d’auteur y sont proscrites, privilégiant les revendications collectives de films qui s’apparentent à  des réflexions sur les mutations sociales. C’est en 1972 que Godard revient à  un cinéma plus classique (avec Jane Fonda et Yves Montand), distribué normalement, Tout Va Bien. Son oeuvre va, dès lors, se scinder en deux pôles qui détermineront la troisième (et encore en cours) des périodes godardiennes : l’un de ces pôles est destiné essentiellement à  la télévision, l’autre aux salles obscures.

Vidéo-vérité
Le premier dépend étroitement de la rencontre avec Anne-Marie Miéville qui devient la compagne de Godard (c’est son quatrième grand amour après Anne Colette, héroïne de ses premiers courts métrages, Anna Karina et Anne Wiazemsky (petite fille de François Mauriac et actrice de La chinoise), détails intéressants pour une lecture du cinéaste « hermétique » en bourreau des coeurs) et concerne plusieurs films, essentiellement en vidéo (dont le plus célèbre est Numéros deux), pouvant largement être qualifiés d’expérimentaux (au sens large). Il fondera, à  cet effet, en 1975, à Grenoble, la Société Son Image. Néanmoins, l’apport le plus mémorable, de Godard à  la vidéo demeure ses Histoire (s) du cinéma, terminées en 1998, se présentant comme un monumental travail d’archives et de montage à  l’enjeu (englober le cinéma et l’histoire dans leurs interrelations) titanesque.
L’activité purement cinématographique va reprendre de manière régulière en 1979 avec Sauve qui peut (la vie), engendrant des oeuvres aussi poétiques et provocatrices qu’intrigantes. On y relève, dans un souci toujours marqué d’interrogations, combien chacun de ses films tente toujours d’englober réflexions sur le cinéma, sur l’histoire qui s’écrit et mise en perspective (ou en danger, ce qui va souvent de pair) de stars. Il est frappant en ce sens qu’un réalisateur aussi hermétique que Godard ait filmé autant d’acteurs au rayonnement populaire, autant de mythes d’écran ou d’ailleurs, puisque, de Brigitte Bardot (Le mépris) à  Johnny Halliday (Détective), en passant par Alain Delon (Nouvelle vague) ou Les Rolling Stones (One + one), beaucoup de « vedettes » se sont retrouvées sous sa caméra.
Si l’on ajoute les commandes institutionnelles (pour France-Télécom, Darty ou Le Figaro), les téléfilms (Un petit commerce de cinéma où il retrouvait Jean-Pierre Léaud) et les documentaires (sa rencontre filmée avec Woody Allen, Meeting Woody Allen en 1987), on comprendra que la carrière prolifique de Godard ne peut sûrement pas se résumer hâtivement. On en retiendra alors un besoin constant de briser les règles, y compris celles, nouvelles, que l’on vient d’instaurer, comme mouvement vital.
De ce fait, si on peut trouver agaçants, voire insupportables les voltes faces du cinéaste, ou être exaspéré par la démarche d’un artiste cherchant toujours volontairement à  dérouter son public, on ne peut que saluer l’indépendance d’esprit d’une des dernières incarnations vivantes de la figure de l’auteur de films.

Filmographie

  • 1954 Opération béton (cm documentaire)
  • 1955 Une femme coquette (cm)
  • 1957 Tous les garçons s'appellent Patrick
    (ou Charlotte et Véronique) (cm)
  • 1960 Charlotte et son Jules (cm)
  • 1960 à bout de souffle
  • 1961 Une histoire dêu (co-réal. : François Truffaut) (réalisé en 1958)
  • 1961 Une femme est une femme
  • 1962 Les Sept péchés capitaux (sketch La Paresse, réalisé en 1961)
  • 1962 Vivre sa vie (Film en douze tableaux)
  • 1962 Le nouveau monde (sketch Rogopag)
  • 1963 Les Carabiniers
  • 1963 Le Mépris
  • 1963 Le Petit soldat (réalisé en 1960)
  • 1964 Bande à part
  • 1964 Les Plus belles escroqueries du monde (sketch Le Grand escroc
  • 1964 Reportage sur Orly (cm documentaire)
  • 1964 Une femme mariée
  • 1965 Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution
  • 1965 Paris vu par... (sketch Montparnasse-Levallois, réalisé en 1964)
  • 1965 Pierrot le fou
  • 1966 Made in USA
  • 1966 Masculin, féminin
  • 1967 2 ou 3 choses que je sais d'elle
  • 1967 La Chinoise
  • 1967 Le Plus vieux métier du monde (sketch Anticipation, ou l'amour en l'an 2000")
  • 1967 Loin du Vietnam (sketch Caméra-oeil)
  • 1967 L'Aller et retour des enfants prodigues (sketch Vangelo 70 ).
  • 1967 Week End
  • 1968 Cinétracts (cm documentaire, avec Chris Marker et Alain Resnais)
  • 1968 Le Gai savoir
  • 1968 One + one (documentaire)
  • 1968 Un film comme les autres (documentaire)
  • 1969 Amore e rabbia (sketch L'Amour)
  • 1969 British Sounds (co-réalisé en 1968 avec Jean-Henri Roger)
  • 1970 Le Vent d'est (réalisation du groupe Dziga Vertov)
  • 1970 Luttes en Italie (documentaire, réalisation du groupe Dziga Vertov)
  • 1970 Pravda (réalisation du groupe Dziga Vertov)
  • 1971 Vladimir et Rosa (réalisation du groupe Dziga Vertov)
  • 1972 Letter to Jane (documentaire (co-réalisé avec Jean-Pierre Gorin)
  • 1972 One P.M. (documentaire)
  • 1972 Tout va bien (co-réalisé avec Jean-Pierre Gorin)
  • 1975 Numéro deux (co-réalisé avec Anne-Marie Miéville)
  • 1976 Six fois deux/Sur et sous la communication (mini-série TV co-réalisée avec Anne-Marie Miéville)
  • 1976 Comment ça va ? (documentaire)
  • 1976 Ici et ailleurs (documentaire co-réalisé avec Anne-Marie Miéville)
  • 1977 France/tour/détour/deux/enfants (mini-série TV)
  • 1979 Sauve qui peut (la vie)
  • 1979 Scénario vidéo de Sauve qui peut la vie
  • 1981 Changer d'image (sketch du Changement à plus d'un titre)
  • 1982 Passion
  • 1982 Scénario du film Passion
  • 1982 Lettre à Freddy Buache (cm)
  • 1983 Je vous salue, Marie
  • 1984 Petites notes à propos du film 'Je vous salue, Marie' (cm)
  • 1984 Série noire (série TV)
  • 1984 Prénom Carmen (réalisé en 1982)
  • 1985 Détective
  • 1986 Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma (TV)
  • 1986 Soft and Hard (co-réalisé avec Anne-Marie Miéville)
  • 1987 Meeting Woody Allen (cm)
  • 1987 Aria (sketch Armide)
  • 1987 King Lear
  • 1987 Soigne ta droite
  • 1988 Le Dernier mot (cm-documentaire institutionnel)
  • 1988 Les Français vus par... (TV)
  • 1988 On s'est tous défilé (cm-documentaire)
  • 1988 Puissance de la parole (cm-documentaire institutionnel)
  • 1989 Histoire(s) du cinéma: Toutes les histoires (cm TV)
  • 1989 Histoire(s) du cinéma: Une histoire seule (cm TV)
  • 1989 Le Rapport Darty (moyen-métrage institutionnel co-réalisé avec Anne-Marie Miéville)
  • 1990 Comment vont les enfants (sketch L'Enfance de l'art, co-réalisé avec Anne-Marie Miéville)
  • 1990 Nouvelle vague
  • 1991 Allemagne année 90 neuf zéro
  • 1991 Contre l'oubli (réalisation collective)
  • 1993 Hélas pour moi
  • 1993 Les Enfants jouent à la Russie
  • 1995 Deux fois cinquante ans de cinéma français (documentaire)
  • 1995 JLG/JLG - autoportrait de décembre (documentaire)
  • 1996 For Ever Mozart
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: Fatale beauté
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: La monnaie de l"solu
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: Le contrôle de l'univers
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: Les signes parmi nous
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: Seul le cinéma
  • 1998 Histoire(s) du cinéma: Une vague nouvelle
  • 1998 The Old Place
  • 2000 L'Origine du XXIème siècle (cm documentaire)
  • 2001 Éloge de l'amour
  • 2002 Ten Minutes Older (un projet réunissant 12 réalisateurs)
  • 2004 Notre Musique
  • 2009 Film socialisme
  • 2012 3x3D
  • 2013 Les ponts de Sarajevo
  • 2014 Adieu au langage

Mise à jour le 24 octobre 2014

Outils

Bibliographie
Histoire(s) du cinéma, Godard Jean-Luc, Gallimard (Coll. Blanche), 1998.
Introduction à une véritable histoire du cinéma, Godard Jean-Luc, Albatros, 1980.
Jean-Luc Godard, Collet Jean, Seghers (coll. " Cinéma d'aujourd'hui "), 1974.
Jean-Luc Godard, Cerisuelo Marc, Lherminier/Editions des 4 vents, 1989.
Jean-Luc Godard, Douin Jean-Luc, Rivages (coll. " Cinéma "), 1989.
Nul mieux que Godard, Bergala Alain, Cahiers du Cinéma (Coll. " Essais "), 1999.
Cahiers du Cinéma Spécial Godard (1991)
Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard et Alain Bergala, Editions des Cahiers du Cinéma, 1998 (trois tomes)

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