EASTWOOD Clint

acteur, producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

Clint Eastwood est né le 31 mai 1930, à  San Francisco, dans un milieu modeste. La dépression économique oblige sa famille à  mener une vie d’errance à  la recherche d’emplois. Il est souvent confié à  sa grand-mère qui vit seule dans les montagnes. Puis sa famille se fixe à  Oakland. Il étudie à  la Technical High School, pratique de nombreux sports, s’intéresse à  la musique populaire et au jazz, apprend à  jouer du piano et de la trompette. Ayant obtenu son diplôme de fin d’études en 1948, il travaille dans une aciérie et chez Boeing, puis se retrouve sous les drapeaux, mais n’est pas envoyé au combat en Corée.

Après son service militaire, il gagne Hollywood et signe un contrat d’acteur chez Universal (1954), où il tient des petits rôles au cinéma jusqu’à  ce que le réalisateur Arthur Lubin l’impose aux côtés de Ginger Rogers dans The First Travelling Saleslady (1956). Plus tard, il est dirigé par le vétéran William Wellman dans Escadrille Lafayette, fait de la télévision (Highway Patrol, The West Point Story, Death Valley Days) et devient vedette du petit écran avec la série western Rawhide (250 épisodes de 1959 à  1966).

Sergio Leone l’y remarque et l’engage en 1964 dans Pour une poignée de dollars. Il le transforme en ange exterminateur brutal, sale et cruel. Ce western italien bat les records de recettes en Europe et au Japon. Leone encha’eene avec Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la Brute et le Truand qui vont faire de Clint Eastwood une nouvelle mythologie cinématographique, ce qui lui permet alors de recevoir des offres de la part des grands studios américains.

De retour à  Hollywood, il tient le rôle de shérifs brutaux sous la direction de Ted Post (Pendez-les haut et court) et Donald Siegel (Un Shérif à  New York), partage l’affiche avec les plus grands : Richard Burton (Quand les Aigles attaquent), Lee Marvin (La Kermesse de l’ouest), Donald Sutherland (De l’or pour les braves) ou Shirley Mc Laine (Sierra Torride).

Devenu son propre producteur, Eastwood réalise Un Frisson dans la nuit et prouve ses qualités de comédien dans Les Proies (Don Siegel) qui est un échec commercial. Mais il devient une superstar avec L’Inspecteur Harry. Ce rôle engendre un malentendu : confondant le personnage et l’acteur, des critiques l’accusent de fascisme. Indépendant et atypique, Eastwood interprète, produit et réalise souvent lui-même ses films. Ses oeuvres personnelles sont moins prisées que ses rôles de policier ou de cow-boy. Le premier film qu’il signe sans y jouer, Breezy, est un échec relatif. Mais en tant que comédien, il est considéré comme la star la plus commerciale de la décennie.

Pour Le Canardeur, il fait débuter le réalisateur Michael Cimino et, à  partir de Josey Wales, hors la loi (1976) et L’à‰preuve de force, il s’attache à  transformer son image avec des rôles de anti-héros ou en abordant le burlesque (Doux, dur et dingue) et le film doux amer (Bronco Billy, Honky Tonk Man). Mais il sait préserver son statut de star en se dirigeant dans Firefox, des thrillers policiers (Le Retour de l’inspecteur Harry, La Corde raide), des westerns (Pale Rider) ou un film de guerre (Le Ma’eetre de guerre), tout en y prenant le contre-pied de son mythe de brute machiste.

En 1988, il réalise un film sur Charlie Parker (Bird) et incarne une dernière fois l’inspecteur Harry dans La Dernière cible, avant de signer Chasseur blanc, coeur noir, où il raconte le tournage d’African Queen de John Huston. Puis, son westernImpitoyable le consacre enfin comme cinéaste (oscars et critiques unanimes). Il poursuit son oeuvre avec des mélodrames romantiques (Sur la route de Madison) ou sulfureux (Minuit dans le jardin du bien et du mal), des suspenses politiques (Les Pleins pouvoirs, Jugé coupable) et un poème tendre sur la vieillesse dans l’Amérique moderne : Space Cow Boys.

Une totale osmose entre le fond et la forme
Sur ce terrain, il est un passeur entre les classiques et les modernes, osant fondre la structure de ses films avec le sens général de l’histoire qu’il raconte pour éviter une simple illustration d’un scénario ou l’emploi des codes et des clichés des genres traversés. Ainsi, pour la biographie romancée du musicien Charlie Parker (Bird), il confectionne un film selon les principes mêmes du jazz: thème, pont, riff, etc. Pour Bronco Billy, Josey Wales ou Honkytonk Man, il établit une architecture de récit en forme de balade. Pour Mystic River, il harmonise le principe de la littérature romanesque avec les disjonctions de l’onirisme.
Quant à  ses images, cadrées avec grand soin, il les fait éclairer par les meilleurs directeurs de la photo afin de retrouver un réalisme assez poétique (Le Retour de l’inspecteur Harry, Pale Rider, Impitoyable), comme si les ombres et les lumières surgissaient des personnages placés sur l’écran et révélaient de la sorte les démons qui les habitent secrètement. Car si le conflit entre le bien et le mal est un de ses thèmes principaux, cette lutte n’est jamais montrée de façon schématique et chacun y porte les deux faces de cette médaille tragique. Il n’y a jamais ni bon ni méchant et l’ensemble palpite dans une confusion inquiétante (Un monde parfait) grâce à  l’intelligence de sa mise en scène.
Bien que tous ses films bénéficient de gros moyens techniques et financiers, Eastwood évite les effets racoleurs et les mouvements de caméra trop virtuoses. La fluidité du montage, l »ondance de décors naturels et la direction d’acteurs laissant ces derniers assez libres, accentuent la force onirique de ses films. En fait, il y a une grande poésie dans les oeuvres de cette superstar qui se considère d’ailleurs comme un artisan. Certaines scènes portent une mélancolie et une tendresse uniquement révélée par le geste d’un comédien ou la jonction de deux images produisant juste une sensation non explicite.

Le miroir de l’enfance
Parmi les thèmes centraux de son oeuvre, l’enfance prend une grande part. Il y a consacré plusieurs films directement (ou indirectement), totalement (ou partiellement) avec une idée fixe constamment ressassée : « Il ne faut pas toucher aux enfants ». Non parce qu’ils sont l’innocence, mais parce qu’ils sont la vie à  venir, car le temps et l’âge sont les deux autres obsessions de ce cinéaste (lui-même n’hésite pas à  se montrer vieux dans ses films et à  insister sur ce point).
Certes, le thème de l’initiation d’un jeune par un a’eené n’a rien de nouveau dans la littérature et le cinéma. Mais Clint Eastwood souligne avec élégance l’idée de famille d’une manière peu bourgeoise ou conformiste. La part de père (réel ou non) qu’il prend parfois nous donne ses plus beaux films (Les Pleins Pouvoirs, La Corde raide, Impitoyable, Mystic River). Car, pour lui, l’enfant est aussi un révélateur de l’adulte, son miroir imparable, sa (bonne ou mauvaise) conscience.
Honkytonk Man est d’ailleurs le manifeste de cette idée.

Filmographie

Réalisateur et acteur

  • 1971 Un Frisson dans la nuit (Play Misty for Me)
  • 1973 L'Homme des hautes plaines (High Plains Drifters)
  • 1975 La Sanction (The Eiger Sanction)
  • 1976 Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw Josey Wales)
  • 1977 L'Épreuve de force (Gauntlet)
  • 1980 Bronco Billy
  • 1982 L'Arme absolue (Firefox)
  • 1982 Honkytonk Man
  • 1983 Le Retour de l'inspecteur Harry (Sudden Impact)
  • 1985 Le Cavalier solitaire (Pale Rider)
  • 1986 Le Ma'eetre de guerre (Heartbreak Ridge)
  • 1990 Chasseur blanc, coeur noir (White Hunter, Black Heart)
  • 1991 La Relève (The Rookie)
  • 1992 Impitoyable (Unforgiven)
  • 1993 Un Monde parfait (A Perfect World)
  • 1995 Sur la route de Madison (The Bridges of Madison County)
  • 1996 Les Pleins Pouvoirs (Absolute Power)
  • 1999 Juge coupable (True Crime)
  • 2000 Space Cow Boys
  • 2002 Créance de sang (Blood work)
  • 2005 Million Dollar Baby
  • 2009 Gran Torino

Réalisateur uniquement

  • 1973 Breezy
  • 1985 Vanessa in the Garden (TV)
  • 1988 Bird
  • 1988 Minuit dans le jardin du bien et du mal (Midnight in the Garden of Good and Evil)
  • 2002 Mystic river
  • 2003 Piano blues
  • 2006 Mémoires de nos pères (Flags of our fathers) (La saga Iwo Jima)
  • 2007 Lettres d'Iwo Jima (Letter from two Jima) (La saga Iwo Jima)
  • 2008 L'Echange (Changeling)
  • 2009 Invictus
  • 2010 Au-delà (Hereather)
  • 2011 J. Edgar
  • 2014 Jersey boys

Acteur uniquement

  • 1955 La Revanche de la créature (Revenge of Creature) - Jack Arnold
  • 1955 Francis in the Navy - Arthur Lubin
  • 1955 Par le fer et par l'épée (Lady Godiva) - Arthur Lubin
  • 1955 Tarentula - Jack Arnold
  • 1956 Ne dites jamais adieu (Never Say Goodbye) - Jerry Hopper
  • 1956 La VRP de choc (The First Travelling Saleslady) - Arthur Lubin
  • 1956 La Corde est prête (Star in the Dust) - Charles Haas
  • 1957 Escapade au Japon (Escapade in Japan) - Jodie Copeland
  • 1958 Ambush at Cimarron Pass - Arthur Lubin
  • 1958 Lafayette Escadrille - William Wellman
  • 1959/1966 Rawhide - (Série TV)
  • 1964 Pour une poignée de dollars - Sergio Leone
  • 1965 Et pour quelques dollars de plus - Sergio Leone
  • 1966 Le Bon, la Brute et le truand - Sergio Leone
  • 1967 Les Sorcières (Une soirée comme les autres) - Vittorio De Sica
  • 1968 Pendez-les haut et court (Hang'em High) - Ted Post
  • 1968 Un Shérif à New York (Coogan's Bluff) - Don Siegel
  • 1969 Quand les Aigles attaquent (Where Eagles Dare) - Brian Hutton
  • 1969 La Kermesse de l'Ouest (Paint your Wagon) - Joshua Logan
  • 1970 De l'or pour les braves (Kelly's Heroes) - Brian Hutton
  • 1970 Sierra torride (Two Mules for Sister Sara) - Don Siegel
  • 1971 Les Proies (The Beguiled) - Don Siegel
  • 1971 L'Inspecteur Harry (Dirty Harry) - Don Siegel
  • 1972 Joe Kidd - John Sturges
  • 1972 Magnum Force - Ted Post
  • 1972 Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot) - Michael Cimino
  • 1976 L'inspecteur Harry ne renonce jamais (The Enforcer) - James Fargo
  • 1978 Doux, dur et dingue (Every Wich Way but Loos) - James Fargo
  • 1979 L'Évadé d'Alcatraz (Escape from Alcatraz) - Don Siegel
  • 1981 'c7a va cogner (Any Wich Way you Can) - Buddy van Horn
  • 1984 La Corde raide (Tightrope) - Richard Tuggle
  • 1985 Haut les flingues (City Heat) - Richard Benjamin
  • 1988 Harry est la dernière cible (The Dead Pool) - Buddy van Horn
  • 1989 Pink Cadillac - Buddy van Horn
  • 1993 Dans la ligne de mire (In the Line of Fire) - Wolfgang Petersen
  • 1995 Casper - Brad Silberling
  • 2000 Space cowboys- Frank Corvin

Mise à jour le 24 octobre 2014

Outils

  • BibliographieClint Eastwood, François Guérif, Ed. Veyrier, 1983. Rééd. Atefact, 1985.
    Clint Eastwood, Michel Weinberger, Ed. Rivages/cinéma.
    Clint Eastwood, No'ebl Simsolo, Ed. Cahiers du cinéma, 1999.
    Clint Eastwood, Richard Schikel, Presses de la Cité.
    Clint Eastwood, Eric Libiot, Ed. Casterman, 1997.
    Clint Eastwood, collectif, Ed. Gremese, 1999.