BOUCHAREB Rachid

producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

C’est à  la télévision française que Rachid Bouchareb, né en 1953 à  Paris de parents originaires d’Algérie, a fait ses premières armes : c’est l’époque où TF1, qui appartient encore au service public, permet à  un jeune cinéaste, par ailleurs technicien de plateau, de réaliser des court-métrages audacieux (La pièce, 1976, Le banc, 1983, Peut-être la mer, Exil Algérie, 1983) tout en étant assistant (de 1977 à  1983) sur nombre de tournages. La télévision, il y reviendra par trois fois le long de sa carrière, tant il est vrai qu’il a toujours dit lui devoir beaucoup ( » C’est ma véritable école « , Le Monde, 17/04/2001).

Le premier retour consiste, en 1988, à  tourner Ra’ef, documentaire sur cette forme musicale, née du métissage entre traditionalisme arabe et modernité électrique, dont le symbole vivant reste Safy Boutella (compositeur de Little Senegal, et  » arrangeur  » de chanteurs comme Khaled ou Kader). Son deuxième passage par le petit écran se passe en 1992 avec Les années déchirées sur le désarroi de deux anciens combattants du FLN face à  la mutation de la société algérienne. La troisième le voit mettre en scène, en 1997, le cocasse L’honneur de la famille, déjà  avec Roschdy Zem (présent dans Little Senegal) qui, sous la forme comique, décline déjà  un des thèmes de Little Senegal, à  savoir le choc de la modernité et de la tradition : il s’agit, en effet, de  » laver  » l’honneur d’une jeune fille issue de parents maghrébins, en cherchant à  la faire épouser un sympathique na’eff, de même origine qu’elle, afin qu’il prenne à  sa charge le bébé qu’elle attend.

Sur d’autres modes, Bouchareb ne cesse d’effectuer des variations sur le thème de l’altérité et, par là , des conflits et des rencontres surgissant au sein et entre des communautés paticulières. C’est la question de la confrontation (et de tout ce qui peut en découler) qui motive les métrages du cinéaste. Il énonce, d’ailleurs, parlant de Little Sénégal :  » D’une certaine manière, il s’agit du même sujet que dans mes autres films : aller au devant d’une autre société, d’une autre culture.  »

Bâton rouge, son premier long-métrage pour le cinéma, met en formes trois chômeurs partis aux Etats-Unis chercher fortune et ratant complètement leur American Dream : c’est que Bouchareb ne croit pas aux meilleurs des mondes, et que même une comédie comme cette première oeuvre (qui révèle, entre autres, Pierre-Loup Rajot et Jacques Penot) ne peut s’empêcher de signer un constat d’échec. La faillite de cette Success Story tient, avant tout, dans l’incapacité des personnages à  s’intégrer : le héros de Cheb, sur un mode nettement plus dramatique, conna’eet la même issue. Ce film est sans doute le seul où le cinéaste aborde de front un problème lié à  ses propres origines (il s’agit pour un jeune Algérien vivant en France de retourner dans son pays et d’y constater son inadaptation) qui entremêle le thème de l’identité à  celui de la mémoire.

Contemplatif, sensible aux plans-séquences et à  la vue d’ensemble des paysages qu’ils soient urbains ou agraires, son cinéma tient du pèlerinage, mais un pèlerinage qui n’en peut de signifier les distances et l’impossibilité des rapprochements. C’est sans doute cette volonté qui le pousse en 1995 à  adapter le roman de Duyen Anh, La colline de Fanta, vision assez noire des enfants amérasiens parqués dans un camp après la chute de Saigon : le résultat, Poussières de vie, est très loin de la joliesse avec laquelle certains auteurs se plaisent à  peindre l’ivresse idyllique de micro-sociétés multiculturelles (le syndrome de la quête du bonheur que Marius et Jeannette, Le destin fabuleux d’Amélie Poulain et, avant eux, Bagdad Café ou Western, ont mis en avant comme clef de l’unanimisme triomphant). Bouchareb consigne les plaies que les assimilations occasionnent et cherche, dans la grandeur de ses plans larges, à  figurer une certaine forme de conscience.

Ce n’est donc pas un hasard si, en tant que producteur (la société 3B, dont il est un des membres fondateurs, est créée en 1991), ses activités sont courageuses : on lui doit, notamment, L’humanité de Bruno Dumont (1998), stupéfiante odyssée en scope d’un policier simple d’esprit au fin fond de la France profonde. Si Little Senegal représente une somme dans sa carrière, au sens où il atteint la plénitude d’un style classique, nul doute qu’Indigènes, dont on ignore encore la date de sortie, et qui plonge dans l’histoire des combattants maghrébins de la Seconde Guerre mondiale (avec une alléchante distribution : Jamel Debbouze, Samy Naceri, Samy Bouajila, Roschdy Zhem) sera un événement, ne serait-ce que par la rareté de son sujet recoupant, au-delà  de son importance historique, les obsessions du cinéaste.

Filmographie

  • 1976 La pièce (CM)
  • 1977La chute (CM)
  • 1978 Le banc (CM)
  • 1982 Peut-être la mer (CM, télévision)
  • 1983 Exil, Algérie (CM, télévision)
  • 1985 Bâton rouge
  • 1988 Ra'ef (télévision)
  • 1991 Cheb
  • 1992 Des années déchirées (télévision)
  • 1994 Poussière de vie
  • 1997 L'honneur de ma famille (télévision)
  • 2001 Little Sénégal
  • 2003 Le vilain petit poussin (CM)
  • 2004 L'ami y'a bon (CM)
  • 2006 Indigènes
  • 2009 London River
  • 2010 Hors la loi
  • 2013 Just like a woman
  • 2014 La voie de l'ennemi

Mise à jour le 21 octobre 2014

Outils

  • Bibliographie Entretien avec Rachid Bouchareb, La voix du Nord, 18/04/01
    (un entretien avec le cinéaste centré sur Little Senegal).
    Le jeune cinéma français, René Prédal, Nathan-Université, 2002
    (panorama documenté sur le contexte artistique dans lequel s'insère Bouchareb).
  • Webographie3b-productions.com, site officiel de la société de production du metteur en scène).