BOGDANOVICH Peter

acteur, critique, réalisateur

Biographie

Curieuses trajectoire et filmographie que celles de Peter Bogdanovich, né à New York en 1939 de l’union d’un pianiste chrétien orthodoxe de Serbie et d’une Juive autrichienne, et passé en quelques années par à peu près toutes les vies qu’un réalisateur puisse connaître à Hollywood. De lui, on retiendra surtout qu’il fut, au tournant des années 70, l’auteur de quelques très beaux films au rang desquels Paper Moon se doit de figurer.

Au début des années 60, et après une formation de comédien auprès de la prestigieuse Stella Adler, Bogdanovich devient programmateur de la section cinéma du MoMA de New York, alimentant ainsi par son activité professionnelle même l’inextinguible soif de cinéma qui le caractérise. Il devient critique cinéma pour Esquire, sous l’influence marquée de certains critiques situés de l’autre côté de l’Atlantique, et notamment ceux des Cahiers du Cinéma de l’époque, participant ainsi à remettre en lumière des cinéastes alors négligés tels que Howard Hawks, Allan Dwan ou Orson Welles, dont il devient un ami très proche – et auquel il consacrera plusieurs ouvrages. Venu à Los Angeles pour devenir à son tour réalisateur, Bogdanovich débutera – comme tant d’autres – grâce à Roger Corman, qui lui confia rapidement la direction de son premier long-métrage, La Cible (Targets – 1968).

En 1971, Bogdanovich inaugure un cycle de trois films « rétro », éminemment personnels, placés sous l’influence du cinéma classique qu’il admire, bien plus que sous l’étendard du Nouvel Hollywood émergeant, et qui s’avèrent tous trois de grands succès publics : à La Dernière séance (The Last Picture Show – 1971), admirable chronique désabusée d’une petite ville texane, succède ainsi On s’fait la valise, docteur ! (What’s Up, Doc ? – 1972), screwball comedy virevoltante où Barbra Streisand joue les Bugs Bunny, et enfin La Barbe à Papa (Paper Moon – 1973), qui nous intéresse ici. Bogdanovich est alors sur la top-liste des réalisateurs hollywoodiens, piédestal dont il tombera bien vite après une longue suite d’échecs artistiques, critiques ou publics (et parfois même les trois). Malgré quelques succès discrets, le nom de Peter Bogdanovich ne revint en effet plus jamais sous le feu des projecteurs, se retrouvant plutôt dans les rayons des ouvrages historiques et les attributions honorifiques pour ce qui est du positif, ou les rubriques économiques et les faits divers (notamment à cause de ses liaisons successives avec les deux sœurs Stratten) pour ce qu’il est moins. Le cinéaste ne trouvant plus d’occasion de faire parler de lui, Bogdanovich acteur prit un relais modeste mais notable à travers son rôle récurrent de psychothérapeute dans la série The Sopranos.

Depuis, pour un certain nombre de raisons, Peter Bogdanovich a perdu la cote, et les encyclopédies du cinéma rivalisent d’avis lapidaires ou impitoyables à son encontre, y compris sur – voire même à cause de – ces trois réussites du début des années 70. Ainsi, dès 1974, Michel Ciment, qui se réjouit que « le mirage collectif » dont a été victime la critique se dissipe enfin, évoque un « cinéaste coupé de l’histoire (…) qui sacrifierait tout à sa recherche du simili », tandis que Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon parlent de « films irritants, jusque dans leurs efforts pour prendre une certaine distance par rapport à leurs sources d’inspiration. » Allant plus ou moins dans le même sens, Gérard Legrand affirme en 1991 que le cinéaste ne fait que « pasticher des auteurs qu’il admire, avec prétention et un humour douteux », et Jean Domarchi de l’achever en le qualifiant de « plus grande imposture du cinéma américain. » A la lecture de ces articles, il nous semblerait que la personnalité elle-même de Bogdanovich, souvent décrit comme quelqu’un d’arrogant ou de suffisant, soit à l’occasion presque autant la cause de cette absence de considération que ses films en eux-mêmes.

Filmographie

Comme réalisateur

Cinéma
1968: Voyage to the Planet of Prehistoric Women (en)
1968 : La Cible (Targets)
1971 : La Dernière Séance (The Last Picture Show)
1971 : Directed by John Ford (en) (documentaire)
1972 : On s'fait la valise, docteur ? (What's Up, Doc?)
1973 : La Barbe à papa (Paper Moon)
1974 : Daisy Miller
1975 : Enfin l'amour (en) (At Long Last Love)
1976 : Nickelodeon
1979 : Jack le magnifique (Saint Jack)
1981 : Et tout le monde riait (They All Laughed)
1985 : Mask
1988 : Illegally Yours (en)
1990 : Texasville
1992 : Noises Off... (en)
1993 : The Thing Called Love (en)
2001 : Un parfum de meurtre (The Cat's Meow)
2007 : Tom Petty and the Heartbreakers: Runnin' Down a Dream (documentaire)
2014 : Broadway Therapy

Télévision
1967 : The Great Professional : Howard Hawks (documentaire)
1995 : Picture Windows : épisode Song of Songs
1995 : Fallen Angels : épisode A Dime a Dance Poster
1996 : To Sir, with Love II (en)
1997 : Assurance Paradis (The Price of Heaven)
1997 : Rescuers: Stories of Courage: Two Women
1998 : Naked City: A Killer Christmas
1999 : À chacun son tour (en) (A Saintly Switch)
2004 : Natalie Wood : Le Prix de la gloire (The Mystery of Natalie Wood)
2004 : Les Soprano : épisode Sentimental Education
2004 : Hustle (en)

Vidéo
1995 : Never Say Goodbye Aids Benefit by Yoko Ono (court métrage)

Comme acteur
1966 : Are You Here, de Roger Corman
1967 : The Trip, de Roger Corman
1968 : Vienna, d'Orson Welles (court-métrage)
1968 : Voyage to the Planet of Prehistoric Women (en), de Peter Bogdanovich
1968 : La Cible (Targets), de Peter Bogdanovich
1969 : Lions Love, d'Agnès Varda
1971 : La Dernière Séance (The Last Picture Show), de Peter Bogdanovich
1972 : The other side of the wind, d'Orson Welles
1977 : Opening Night, de John Cassavetes
1979 : Jack le magnifique (Saint Jack), de Peter Bogdanovich
1981 : Et tout le monde riait (They All Laughed), de Peter Bogdanovich
1993 : Bienvenue en Alaska (Northern Exposure), (feuilleton télévisé) de Michael Fresco (épisode Rose Bud)
1994 : Picture Windows, de Peter Bogdanovich (feuilleton TV) (épisode Songs of Songs)
1997 : Highball (en), de Noah Baumbach
1997 : Mr. Jealousy (en), de Noah Baumbach
1997 : Les Charmes de la vengeance (en) (Bella Mafia), de David Greene (téléfilm)
1998 : Studio 54 (54), de Mark Christopher
1998 : Lick the Star, de Sofia Coppola (court-métrage)
1999 : Claire Makes It Big, de Jeremy Workman
1999 : Coming Soon, de Colette Burson
2000 : Classé X (Rated X) (téléfilm) d'Emilio Estevez
2001 : Festival in Cannes, d'Henry Jaglom
2003 : Out of Order (en), d'Henry Bromell, Tim Hunter, Roger Kumble et Wayne Powers (it) (feuilleton télévisé)
2004 : Touche pas à mes filles (8 Simple Rules... for Dating My Teenage Daughter), de Tracy Gamble (série télévisée)
Blonde platine (Daddy's Girl) (2004)
2004 : Les Soprano (The Sopranos), de David Chase (série télévisée)
Au plaisir (Toodle-fucking-oo), de Lee Tamahori (2000)
Cas de conscience (Big Girls Don't Cry), de Timothy Van Patten (2000)
Affaire d'éternité (From Where to Eternity), d'Henry Bronchtein (en) (2000)
Prisonnier chez soi (House Arrest), de Timothy Van Patten (2000)
Le palais du rire (Funhouse), de John Tiffin Patterson (2000)
L'employé du mois (Employee of the Month), de John Tiffin Patterson (2001)
Il est ressuscité (He Is Risen), d'Allen Coulter (2001)
Poids et mesures (The Weight), de Jack Bender (2002)
J'ai fait un rêve (Calling All Cars), de Timothy Van Patten (2002)
Deux Tony sinon rien (Two Tonys), de Timothy Van Patten (2004)
Famille, je vous aime (All Happy Families), de Rodrigo García (2004)
2005 : New York, section criminelle (Law & Order: Criminal Intent), de Dick Wolf (série télévisée)
Carnet fatal (Sex Club), d'Alex Chapple (en) (2005)
2006 : My First Time, d'Alison Martino (série télévisée)
From Movies to TV (2006)
2006 : Scandaleusement Célèbre (Infamous), de Douglas McGrath
2007 : New York, section criminelle (Law & Order: Criminal Intent), de Dick Wolf (série télévisée)
Bombshell (2007)
2010 : How I Met Your Mother (Robots Vs. Wrestlers), de Carter Bays et Craig Thomas (série télévisée)
2014 : The Good Wife saison 5 épisode 11 dans son propre rôle (série télévisée)
2014 : Are You Here, de Matthew Weiner